DISCAS

Les nouveaux besoins de perfectionnement des directions d'école

Recherche et rédaction: Jacques Henry et Jocelyne Cormier.

Section 1: problématique

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PROBLÉMATIQUE

Les changements en cours

Les besoins de perfectionnement des directions d'écoles actuellement en fonction vont devenir plus aigus au cours des prochaines années. Le rôle du directeur d'école va se modifier significativement dans la foulée de la déconcentration du système scolaire et de la redéfinition des missions de l'école; ce changement découle d'une décision de l'État visant à alléger ses structures et à réduire ses coûts de fonctionnement, d'une part, et, d'autre part, à favoriser l'intégration de l'école aux communautés locales, de façon à lui permettre, avec plus d'autonomie et une représentation accrue des parents et des membres de la communauté, de répondre plus efficacement aux besoins de sa clientèle.

L'autre cause majeure résulte de l'évolution sociale. Le milieu scolaire a longtemps fonctionné en vase semi-clos, protégé par une structure administrative verticale relativement imperméable. Le directeur d'école, dont les mandats essentiels lui venaient des paliers supérieurs de la structure, disposait en général de balises opérationnelles précises qui requéraient de lui qu'il gère son école de façon loyale, dans le respect des programmes et des politiques généralement décidés en dehors de lui. La déconcentration aura pour effet non seulement de le soumettre à des influences plus diverses et plus diffuses, mais aussi de rendre l'école plus perméable aux difficultés sociales qui s'y répercuteront plus facilement.

La société québécoise vit actuellement une phase de transition caractérisée par de nombreux malaises. Il ne nous appartient pas d'en faire ici une analyse sociologique. Qu'il suffise de constater le nombre croissant d'exclus qu'elle produit actuellement, reflet de la dégradation du tissu social et de sa difficulté à accueillir et à intégrer une proportion significative de sa population, principalement sur le plan économique, mais aussi sur les plans social et culturel.

Cette difficulté se reflète à l'école, qui hérite, tout comme la société en général, des conséquences de situations familiales pénibles, d'une conjoncture économique difficile, de la perte de confiance dans les institutions et de la mise en place de réseaux parallèles générateurs de délinquance et de tensions sociales. Mais l'école a aussi de plus en plus de difficulté à intégrer des franges importantes de sa clientèle première: les jeunes. Elle a un virage important à prendre pour permettre à ces jeunes de s'adapter plus harmonieusement à la structure scolaire, pour les motiver à l'apprentissage et pour, tout simplement, les rejoindre en plus grand nombre en traversant les barrières sous-culturelles derrière lesquelles plusieurs d'entre eux se réfugient, en quête de sens ou, plus simplement, d'amour.

L'évolution sociale actuelle est également marquée par l'évolution technologique. La montée en force des technologies de l'information et de la communication (TIC), particulièrement, est déjà en train de modifier, dans les écoles, les besoins de perfectionnement, l'affectation des ressources et la dynamique du pouvoir. Si le virage technologique se prend correctement, elle modifiera également en profondeur la pédagogie et la gestion de la classe et introduira dans une école déjà déstabilisée des facteurs nouveaux de changement ou de perturbation, selon les milieux.

Ce virage, tant administratif que social, représente un défi d'autant plus exigeant qu'il doit s'effectuer dans un contexte de réduction des ressources, de mouvements importants de personnel, de déstabilisation des structures et, plus généralement, d'insécurité et de morosité.


Les tendances lourdes

Au milieu d'une réalité de plus en plus mouvante et diverse, l'école va ressentir de plus en plus clairement des besoins d'harmonie et de cohérence, tant sur le plan social que sur le plan éducatif. Le défi sera d'éviter l'éparpillement, de se donner (et non plus de recevoir) des balises permettant d'encadrer l'action sans pour autant renoncer à la divergence, à la concertation, aux maillages, à l'autonomie, bref, à la diversité explicitement voulue par l'État.

Les récentes orientations ministérielles indiquent que les balises relevant de la mission de l'établissement et celles relevant de la pédagogie seront prioritaires. Et sur ce point, les directions d'écoles que nous avons consultées semblent d'accord, comme nous le verrons. Par ailleurs, leur connaissance du milieu les amène à identifier deux ordres de préoccupations moins évidentes dans les documents ministériels: l'impact des problèmes sociaux sur le vécu scolaire et sur l'apprentissage en particulier, d'une part; et, d'autre part, la gestion de soi-même que devra pratiquer le directeur d'école dont la tâche, de plus en plus exigeante, fera ressortir des besoins importants concernant les qualités relationnelles et l'équilibre personnel.

Sans négliger quelques besoins plus ponctuels ou circonscrits, il s'agit là des quatre grands domaines de perfectionnement où nous prévoyons que des besoins importants se manifesteront au cours des prochaines années.


À propos du perfectionnement

Chacun de ces axes de perfectionnement nous semble, bien évidemment, devoir faire partie de la formation de base d'un directeur d'école; lors de sa prise de fonction, il devrait, selon nous, disposer d'une compétence minimale en regard de chacun de ces objets. Mais comme notre mandat se limite aux nouveaux besoins de perfectionnement des directions d'écoles déjà en place, nous classerons ci-dessous les besoins de perfectionnement découlant de ces objets en deux catégories:

Par convention, les impacts sur le perfectionnement seront identifiés par un formatage particulier, comme celui du présent paragraphe.

Il importe enfin de signaler que le perfectionnement est à placer dans une perspective plus vaste de soutien aux directions d'écoles. Perfectionner, ce n'est pas seulement offrir et tenir des activités de perfectionnement, telles que cours, sessions, ateliers et colloques; c'est également rendre disponibles des outils. Pour des instances telles que les associations professionnelles, les commissions scolaires et le Ministère, des actions de production, d'accompagnement et d'instrumentation sont à envisager, parallèlement aux strictes activités d'animation et de formation. La mise en place de réseaux d'entraide, la création de banques de ressources et d'information, l'accès à certains services de consultation, la publication de normes, de dossiers ou de synthèses, voilà autant de pistes d'action à considérer pour favoriser l'efficience des directions d'écoles et les soutenir utilement dans l'accomplissement de leur tâche.

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